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EcoVadis : la note qui ouvre ou ferme des marchés. Ce que les dirigeants doivent savoir

EcoVadis : bien plus qu'une note RSE, un levier stratégique pour votre entreprise

Lors du salon Produrable 2026, Bureau Veritas animait une conférence intitulée "Comment réussir son évaluation EcoVadis", en partenariat avec EcoVadis et Equans. Jean-Baptiste Berthault (Bureau Veritas), Nicolas Delhoum (EcoVadis) et Malorie Jouault (Directrice Achats Responsables, Equans) ont livré un panorama complet de ce que la notation EcoVadis représente aujourd'hui — et de ce qu'elle implique concrètement pour les directions d'entreprise.

EcoVadis : une médaille, pas un label

Premier point à clarifier, et il est essentiel : EcoVadis n'est ni un label ni une certification. C'est une médaille de reconnaissance, attribuée aux 35 % des meilleures entreprises évaluées sur la base de 21 critères de durabilité répartis en quatre thèmes — environnement, éthique, droits humains et travail, achats responsables. Les niveaux vont du Bronze (top 35 %) au Platinum (top 1 %), avec entre les deux Silver et Gold.

La notation repose sur trois piliers pondérés : les politiques (25 %), comprenant les objectifs chiffrés et la gouvernance ; les actions (40 %), soit les mesures concrètes mises en place, les certifications et leur niveau de déploiement ; et les résultats (35 %), qui mesurent la qualité du reporting et la prise en compte des parties prenantes externes. Le questionnaire est personnalisé selon le secteur, la taille et la localisation de l'entreprise — une PME industrielle ne sera pas évaluée sur les mêmes critères qu'un grand groupe du tertiaire. La limite à 55 documents par évaluation oblige les entreprises à optimiser rigoureusement leurs justificatifs.

Ce que la notation révèle — au-delà du score

L'expérience d'Equans, groupe de services multi-techniques de 83 000 collaborateurs présent dans 20 pays, est particulièrement instructive. Lorsque Malorie Jouault arrive au poste de Directrice Achats Responsables, elle se retrouve face à 170 000 fournisseurs et 12 milliards d'euros d'achats annuels. La standardisation devient une nécessité absolue — et EcoVadis en est le point d'entrée.

Ce que l'évaluation a apporté à Equans dépasse le score lui-même. Elle a permis de structurer une documentation dispersée issue d'une fusion, de créer une émulation entre pays (pourquoi suis-je Bronze quand le pays voisin est Platinum avec les mêmes politiques ?), et surtout de remonter les enjeux RSE au niveau du top management. "Ça donnait beaucoup de visibilité au niveau de la direction", résume Malorie Jouault. Un résultat que beaucoup de responsables RSE peinent à obtenir autrement.

La notation comme outil d'accès au marché — et de financement

Les enjeux business sont aujourd'hui au cœur de la démarche. La SNCF conditionne certains appels d'offres à une notation EcoVadis. Des clients peuvent retirer un marché — Nicolas Delhoum cite le cas d'une entreprise ayant perdu un contrat à 150 000 € pour avoir refusé d'être noté. Côté financement, des établissements comme BNP, HSBC ou Société Générale intègrent désormais la performance RSE dans leurs conditions de prêt. Un écart de taux en apparence marginal peut représenter des sommes considérables sur des financements importants.

L'index EcoVadis 2025, qui s'appuie sur 53 400 évaluations analysées contre 10 700 en 2015, confirme une tendance lourde : la France affiche la meilleure performance en Europe avec un score moyen de 61,2, très au-dessus des États-Unis (52,9) ou de l'Asie-Pacifique (52,1). Conséquence directe : les entreprises françaises bénéficient d'un avantage concurrentiel mécanique dès lors que les critères RSE sont intégrés aux appels d'offres.

Les limites à connaître — et les évolutions à anticiper

La notation n'est pas sans angles morts. Malorie Jouault le dit sans détour : EcoVadis reste de l'auto-évaluation, et ne remplace pas l'audit pour la gestion des risques. Les entreprises disposant de moins de ressources peinent à remplir des questionnaires chronophages. Et les scores peuvent refléter la capacité à documenter autant que la réalité des pratiques.

Mais surtout : la notation n'est jamais figée. EcoVadis renforce chaque année ses exigences — une quinzaine de questions ont été ajoutées sur la décarbonation, autant sur les droits humains. Le sujet eau émerge comme "le nouveau carbone". Atteindre le Platinum peut prendre dix ans. Le conserver demande une amélioration continue.

Pour les directions d'entreprise, les recommandations de la conférence sont claires : aller au-delà du questionnaire vers une vraie collaboration fournisseurs, mesurer le ROI des démarches RSE, intégrer l'intelligence ESG dans les décisions d'approvisionnement, et se préparer dès maintenant aux nouvelles exigences sur la circularité et la traçabilité numérique.

Bertrand Espitalier